lundi 16 janvier 2017

La promesse à Elise, de Christian Laborie

Fiche technique :
 
Auteur : Christian Laborie
Titre : La promesse à Elise
Editeur : France Loisirs
Nombre de pages : 557
Date de parution : Décembre 2016


Présentation éditeur :
 
Saint-Jean-du-Gard, 1955. La Seconde Guerre mondiale, si proche encore, si chargée de secrets et de passions, continue de résonner…
Pour Adèle, jeune institutrice, Élise est une élève pas comme les autres, muette et élevée par une mère seule, ô combien mystérieuse. Très attachée à la petite fille, Adèle devient sa confidente : à travers son journal intime, Élise lui dévoile les blessures de son passé.
Pourquoi s’est-elle condamnée au silence ? 
 
 
Avis :
 
Avec La promesse à Elise, Christian Laborie nous plonge dans les Cévennes d'après-guerre, une période où reconstruction et apaisement sont d'actualité. Il explore à travers les mystères entourant la naissance et l'enfance d'une jeune muette les thèmes de  la résilience et du poids des secrets de famille, et nous donne ainsi à lire une très belle histoire, intéressante et émouvante.

Ce qu'il faut savoir tout d'abord concernant ce roman, c'est qu'il s'inscrit dans une série consacrée aux Rochefort, grande famille cévenole dont Christian Laborie nous conte l'histoire et l'évolution tout au long des XIXème et XXème siècles. Si vous avez déjà lu les autres tires de l'auteur, vous retrouverez avec plaisir quelques membres de cette famille et leurs descendants ; si, comme moi, vous n'avez jamais lu de roman de Christian Laborie, pas de soucis : les quelques références aux faits relatés dans les précédents volumes sont suffisamment explicites pour ne pas perdre le lecteur, et cela vous donnera à coup sûr envie de découvrir leurs origines.

La promesse à Elise est une très belle histoire d'amour et d'amitié qui se compose de quatre parties : la rencontre d'Adèle avec la petite Elise, le récit de l'enfance malheureuse et meurtrie de la jeune muette, le secret de sa naissance, difficilement raconté par sa mère Lucie, et enfin sa quête pour renouer avec ses origines. Tout au long du roman Adèle sera présente tout en restant discrète, mettant à jour les secrets de famille et les traumatismes anciens, sans jugement mais toujours avec amour et empathie. Les personnages sont sympathiques et attachants, aimants et volontaires. J'ai tout de suite accroché avec certains d'entre eux et je les ai suivis tout au long de l'histoire avec beaucoup de plaisir. La plume de l'auteur est fluide et agréable à lire, elle fait très bien passer les émotions. Les descriptions des Cévennes, ainsi que de la France et de l'Europe des années 1930 à 1960 sont vivantes et réalistes, je n'ai eu aucun mal à me projeter dans l'histoire. Bref, j'ai passé un très agréable moment de lecture.

Merci aux éditions France Loisirs pour cette belle découverte qui m'a donné envie de découvrir les autres titres de Christian Laborie, et tout particulièrement ses romans consacrés à la famille Rochefort.



 

samedi 14 janvier 2017

Mei Lanfang, une vie à l'Opéra de Pékin tome 1, de Lin Ying

Fiche technique :
 
Auteur : Lin Ying
Traducteurs : Nicolas Grivel et Olivier Zhao
Titre : Mei Lanfang, une vie à l'Opéra de Pékin
Série / Volume : Mei Lanfang, une vie à l'Opéra de Pékin, volume 1
Editeur : Urban China
Nombre de pages : 192
Date de parution : Juin 2016
 
 
Quatrième de couverture :
 
Le 8 août 1961, la Chine pleura la mort d'un de ses artistes les plus populaires : Mei Lanfang. Ce chanteur de l'Opéra de Pékin, qui faisait frémir d'émotion ses diverses audiences lors de ses interprétations de rôles féminins, commença sa carrière en 1904, à l'âge de dix ans. Pendant des heures, il entraina sa voix, appris la danse et répéta ses acrobaties, jusqu'à atteindre un niveau de raffinement qui le propulsa en Chine, mais également sur la scène internationale.
Yin Ling retrace d'un trait délicat la vie et la carrière de ce personnage extraordinaire, et nous offre également une plongée dans l'univers magique et méconnu de l'Opéra de Pékin.
 
 
Avis :
 
Mei Lanfang était un chanteur de l'Opéra de Pékin, l'un des plus populaires du XIXème siècle. Il fut le premier artiste à présenter l'Opéra de Pékin hors de Chine, ce qui le rendit célèbre dans le monde entier. Cette bande dessinée chinoise revient sur ses jeunes années, son apprentissage et ses premiers pas sur scène.
 
Lin Ying nous présente un mode dur, où de jeunes garçons subissent un entrainement pluridisciplinaire rigoureux : chants (paroles et voix), danses, acrobaties... sont répétés jusqu'à épuisement ; le corps doit être souple et l'esprit vif afin de percer dans le monde fermé de l'opéra, et les erreurs ou manques d'attention sont sévèrement punis. Une fois promu chanteur  la célébrité est acquise par protection, il faut plaire aux personnes influentes, quitte à vendre son corps et son âme ! A travers le parcours de deux jeunes apprentis chanteurs, Wanhua (Mei Lanfang) et Huixin, nous assistons à deux modes d'apprentissage et à deux visions du métier.
Cette incursion dans l'univers de l'Opéra de Pékin est très intéressante, d'autant plus que des notes de bas de page et une postface nous donnent des clés de compréhension de la culture chinoise du début du XIXème siècle. C'est l'aspect de la bande dessinée que j'ai le plus apprécié, j'ai découvert un monde totalement inconnu pour moi, avec ses codes si particuliers.  
 
L'intrigue est également intéressante, nous faisons connaissance avec de jeunes chanteurs qui se consacrent entièrement à leur art ainsi qu'avec leur aînés, cela nous permet de voir différents moments de la vie de chanteur et d'aborder différentes thématiques en fonction de l'âge. Mon seul problème concerne le manque d'empathie que j'ai ressenti vis à vis de ces personnages : malgré leurs qualités ou leurs souffrances je n'ai pas réussi à m'attacher à eux, je suis vraiment restée à l'extérieur de l'histoire.
 
Concernant les illustrations, Lin Ying nous gratifie de costumes somptueux, riches en détails, et de décors vides ou minimalistes qui permettent de se concentrer sur les personnages et leurs expressions. J'ai trouvé les dessins très beaux, fins et délicats, superbement mis en valeur par le noir et blanc. J'ai cependant eu un peu de mal à reconnaitre certains personnages qui se ressemblaient beaucoup, c'est dommage.
 
Merci aux éditions Urban China et au site Babelio pour cette lecture reçue dans le cadre de l'opération Masse critique. La suite de Mei Lanfang, une vie à l'Opéra de Pékin est déjà sortie (trois tomes à ce jour), alors n'hésitez pas à aller découvrir la vie de ce chanteur hors du commun et à voyager dans la Chine du siècle dernier.



 

vendredi 13 janvier 2017

Challenge "Le tour de France littéraire"



Me voici inscrite à un nouveau challenge de lecture, qui va me faire voyager dans mon beau pays et (re)découvrir des lieux connus ou inconnus...


Le principe :
 
Partir à la découverte littéraire de l’ensemble des départements français. Pour chaque département, lire un livre, soit écrit par un écrivain né dans ce département, soit dont la majorité de l’action s’y déroule.
 
 
Durée :
 
Illimitée
 
 
Inscription :
 
 
Sur le forum Livraddict, dans le fil de la discussion.
 
 
Vous trouverez ci-dessous mes lectures effectuées dans le cadre de ce challenge : 2 / 101

jeudi 12 janvier 2017

Hammour, de Bruno Pochesci

Fiche technique :
 
Auteur : Bruno Pochesci
Titre : Hammour
Editeur / Collection : Rivière blanche / Collection blanche
Nombre de pages : 350
Date de parution : Novembre 2016
 
 
Quatrième de couverture :
 
Elyah et Hugo s'haimment eux non plus dans une société où les pervanchmollahs verbalisent à coups d'ongles verninoxés, les cigognespionnes vous empêchent de procréer en paix et avoir des papiers constitue le pire des tourments administratifs. Il faudrait une bonne guerre, comme dirait l'autre. Ça tombe bien, les Valls' viennent de la déclarer ! Lui se retrouve affecté au Tarthare, légendaire régiment aux trois semaines d'espérance de survie moyenne, avec son ami Vernon le philocuistot. Elle est incorporée aux Maharis, service de renseignements où il faut donner beaucoup de sa personne. Trop, sans doute. Si ce rohman (avec un H, oui, puisqu'il est rédigé en langue sub'...) était une chanson, la question-refrain serait : qu'est-ce qui pourrait sauver l'HAMMOUR ?
 
 
Avis :
 
J'ai lu Hammour il y a quelques semaines déjà, et j'ai adoré ! Mais j'étais tellement dans l'émotion après le final explosif que j'ai voulu attendre avant de rédiger cet avis, afin de voir si mon impression première persistait... Eh bien je n'ai pas changé d'avis. Le roman est toujours bien présent dans mon esprit, certaines scènes ou tournures de phrases me reviennent même en mémoire comme ça, spontanément, preuve qu'Hammour m'a bel et bien marquée !
 
Quand j'ai reçu Hammour (un grand merci aux éditions Rivière blanche pour ce partenariat) je l'ai feuilleté comme je le fais à chaque fois que j'ai un nouveau roman entre les mains et je me suis dit : « Mais c'est quoi ce truc ? Je ne vais jamais arriver à lire ça !  » Il faut dire que l'auteur n'a pas choisi la facilité, ce roman est rédigé dans un joyeux mélange d'argot, de verlan, de néologismes, de jeux de mots... j'en passe et des meilleures ! Mais contrairement à ce que je craignais, je n'ai eu aucun mal à lire Hammour : je suis entrée rapidement dans l'histoire, et au bout de quelques pages j'ai intégré le style si particulier de Bruno Pochesci, lisant parfois certains mots à voix haute pour apprécier au mieux leur musicalité et leur inventivité.

Je ne vais pas entrer dans les détails en ce qui concerne l'intrigue car il faut vraiment découvrir ce roman au fur et à mesure, sans connaitre à l'avance ce qui va se passer. Sachez simplement qu'il s'agit d'une histoire d'amour (pardon, d'hammour !) contrariée par la guerre : séparés, envoyés au front chacun dans une unité d'élite (d'horreur), nos deux héros vont connaitre bien des (més)aventures et vont tout tenter pour survivre et se retrouver. C'est une histoire puissante, sombre et violente, qui prend à la gorge. L'univers créé par l'auteur est inventif en diable, extrêmement travaillé, et ce jusqu'aux moindres détails. C'est absurde, émouvant, révoltant ; il y a de nombreuses touches d'humour, parfois noir, parfois scatologique, qui allègent l'atmosphère, toujours au bon moment. Heureusement d'ailleurs car entre les horreurs de la guerre et les sacrifices imposés par la patrie, la vie n'est vraiment pas rose pour Elyah et Hugo ! Ce sont des personnages attachants et touchants, j'ai vibré avec eux tout au long de leur périple, croisant les doigts pour qu'ils puissent sauver quelque chose à la fin, leur (h)a(m)mour à défaut de l'intégrité de leurs corps ou de leurs âmes...

Entre amitié très forte et amour ultime, sacrifice et survie, Hammour nous entraîne sur un sentier parsemé d'embuches où chaque page tournée, chaque chapitre commencé apporte son lot de drames et de rebondissements. Je connaissais Bruno Pochesci pour ses nouvelles qui, quelques soient leurs styles ou leurs thèmes, m'ont toujours beaucoup plu ; il signe avec Hammour un premier roman percutant et réussi, qui sous couvert d'anticipation ne pourra que vous faire réfléchir au monde qui nous entoure et à la direction qu'il semble prendre...



 

mardi 10 janvier 2017

Mercredi, c'est citation : La marche de Mina, de Yoko Ogawa




Plus que n'importe quelles précieuses sculptures ou poteries, dans la maison d'Ashiya les livres étaient considérés comme importants. De manière à pouvoir mettre la main dessus dès que l'on y pensait, il y avait des bibliothèques dans toutes les pièces et même les enfants pouvaient librement prendre des livres pour adultes.



Sur les murs des pièces, les livres s'alignaient presque jusqu'au plafond. Ils se tenaient là, tranquilles, sans manifester leur présence par des cris, sans arborer non plus de décorations voyantes. Même si de l'extérieur ils ne ressemblaient à rien d'autre qu'à des boîtes carrées, il en émanait une beauté égale à celle générée par les sculptures ou les poteries. Alors que la signification des mots gravés page après page était profonde au point de ne pas pouvoir en réalité tenir dans cette boîte, ils attendaient patiemment d'être ouverts par quelqu'un. J'en vins à ressentir du respect pour leur persévérance.




Elle se contentait de voyager dans le désert des caractères, pour tenter de délivrer les coquilles enfouies à ses pieds. C'étaient, comme elle le disait elle-même, des pierres précieuses qui scintillaient sur une mer de sable. Si on ne les exhumait pas, les coquilles resteraient enfouies dans les ténèbres pendant de longues années. Elles seraient piétinées et abandonnées sans que personne ne les remarque. Cela, ma tante ne pouvait le supporter.




Les histoires qu'il a écrites sont devenues des livres qui se trouvent dans les librairies et les bibliothèques non seulement du Japon mais du monde entier. Dans une bibliothèque d'une ville où il n'a jamais mis les pieds, quelqu'un qui ne le connaît pas ouvre un de ses livres. Mourir alors qu'une chose aussi merveilleuse s'est passée pour lui, je me demande ce qui lui a pris.